Pavillon turquoise n° 14

René Magritte – La vengeance, 1939

Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous avons le plaisir de vous présenter le numéro 14 du Pavillon Turquoise dédié à la pensée.

Pour commencer, dans la vidéo « Cristal numéro 6 », l’artiste peintre Bruno Mathon raconte comment la pensée surréaliste d’André Breton était essentielle dans sa propre réflexion artistique.

Dans notre podcast et sur le même sujet, nous continuons la conversation avec l’auteur éditeur Lucas Hees, avec qui nous avons eu l’occasion de discuter lors de notre numéro précédent.

D’autre part, Emmanuel Rey vous a préparé une vidéo dans laquelle Bruno Mathon aborde le sujet du style.

Nous accueillons aussi le poète JJ.Schlegel, qui depuis notre dernière collaboration, nous rejoint à nouveau avec 3 de ses poèmes dont un qui se transforme en Lexikone.

Pour terminer, nous voulions vous remercier pour l’accueil chaleureux de notre numéro précédent. Vous étiez nombreux à nous écrire pour partager vos souvenirs de Bruno Mathon mais aussi vos idées et vos poèmes. Vos réactions nous nourrissent et nous motivent.

En vous souhaitant une bonne lecture !

Léon Gomez

Cristal n° 6Surréalisme

Ceci aurait pu être notre premier Cristal. Ma caméra est hésitante et bouge timidement. Emmanuel est dans la frontière entre le conversant et l’intervieweur. Cependant, l’artiste Bruno Mathon, ouvre la séance et invite le public à l’entendre.

Lors du montage, je me suis inspiré du réalisateur Nicholas Ray et de son désir de casser le cadre  (ou peut-être de le désamorcer ?) dans son film « We can’t go home again » de 1973. Le cadre principal n’est plus un rectangle unique mais des fragments, des capsules, de conteneurs de vie dans un espace noir comme celui que vous pouvez apprécier dans les peintures de Bruno.

Podcast n°2 – Conversation avec Lucas Hees – II

Dans ce numéro, il s’agit de pensée. Qu’entendons-nous par pensée ? C’est un sujet qui revenait souvent dans nos conversations avec Bruno, et pour la simple raison qu’elle en était le principal moteur. Comment envisager la pensée autrement qu’en tant que processus dynamique de la conversation entre gens de bonne compagnie, de même qu’en tant que résultat d’une conversation féconde entre deux esprits qui confrontent leurs points de vue ? Dès que la pensée se fige dans un système, elle bascule dans l’idéologie et alimente la joute politique. Il faut avoir la taille du philosophe et sa maîtrise des concepts pour imaginer échapper à la rigidification idéologique d’un système explicatif que l’on prétendrait construire. Ce n’est pas donné à tout le monde, ni d’être capable de dialoguer avec les grandes philosophies de l’histoire, de bien rudes adversaires. Mais pour le commun des mortels, une pensée personnelle peut toutefois se construire et s’affiner au fil du temps grâce à la rencontre d’autres esprits partageant ce goût d’une conversation qui aura toujours saveur de poésie – c’est comme cela qu’on la reconnaît – et à condition de la soumettre sans cesse à cette discipline de la pensée adverse. Il s’agit en somme d’apprendre à rendre explicite et perceptible un point de vue personnel dont la singularité sera d’autant mieux perçue qu’elle peut devenir miroir de la singularité de son interlocuteur, atteignant par là-même sa dimension d’universalisme. Étrange paradoxe qui veut que seul le singulier est apte à ouvrir à l’universel. « L’Universel c’est le local moins les murs », nous dit Michel Torga…mais encore faut-il l’atteindre cette singularité ! Tel est en tout cas le rôle de la conversation qui, en faisant frictionner les points de vue, laisse appréhender une vérité commune capable de les réunir au-delà de leur diversité… à condition d’approfondir suffisamment sa propre singularité et de trouver l’exactitude de son expression. J’aimais beaucoup chez Bruno son aptitude à maintenir une pensée fluide et ouverte, avec cette honnêteté intellectuelle de celui qui sait reconnaître ses erreurs et respecter son adversaire… par une écoute attentive mais sans complaisance, toujours…

Emmanuel Rey

Bruno nous parle du style

Deux poèmes de JJ.Schlegel

Ni chute ni séparation

Alors que ton corps m’est voilé
Ton esprit rôde ici
Comme en une sorte de nudité
Supérieure.
Cela rallume mon désir
De flammes violentes.
Caressé par ta seule et unique pensée
Je brûle et je demeure.

Tu n’aimais surtout pas me voir
marcher pieds nus sur le parquet ;
C’est là, à peu près, la seule in-
fidélité que je te fais.
Mais je remarque désormais
les traces que ça fait paraître
Ma foi, et ô combien j’étais
aveugle avant de te connaître !
Sentir ma chair toucher du bois
proscrit sans l’ancienne insouciance
M’a déporté du Paradis
dans le verger de la conscience.
Chaque pas pèche par défaut
saint souvenir, plaisir et fronde –
Voilà encore un des cadeaux
dont tu me gâtes d’outre-tombe.
Les arbres morts du vieux plancher
grinçant marqués de rébellion
Disent alors qu’il n’y pas eu
ni Chute ni séparation :
Sauvé par l’éternel mystère
choisi malgré mes malfaçons
Les tares n’important plus guère
Je te rends grâce sans chaussons.

2 Janvier 2021

****

En pensant à tel truc de Michaux


Ah, ce bel objet tout nu, exposé au regard ! Il
S’étale, plein de confiance sous son observateur.
Plein de confiance, c’est beaucoup dire. Plutôt en
Cillant des yeux. Mais les gentilles parties vulnérables
Scintillent dans le soleil – c’est déjà ça. Comme confiantes.


Or, la confiance se rompt facilement, une question de contact.
Le moindre attouchement peut l’ébranler, voire la rompre.


Une fois la confiance rompue, l’objet nu et exposé passe
Du statut d’image de la liberté à celui d’image de l’esclavage
– Et ceci sous le regard même.
L’un, cela le désole ; l’autre, cela le titille.
Celui que cela titille est un observateur salaud.
La confiance a eu raison de se rompre : il
Faut se méfier de son observateur. Mais toute rompue
Que soit sa confiance, l’objet nu et exposé reste entier. Il a beau
Avoir des parties, il reste entier.
Le contraste est saisissant.
Ému, le salaud s’améliore, il s’imagine
Maintenant en être le protecteur. Ce gros nigaud
Cherche donc de nouveau le contact briseur de confiance.
Belle pourriture émue, on a tout vu, mieux valait encore
L’observateur froid comme un notaire, mes petits !


L’objet nu aux parties vulnérables scintillant dans le soleil
Car un tantinet humides, est une tentation colossale, il
A beau se crisper, il paraît tout à coup moins ouvert.
Son innocence a pris un méchant coup de vieux, il
Transparaît un élément artificiel aux yeux du profane.
Quelque chose de pas net qui rappelle le temps des sorcières.


Ne t’expose pas ainsi, on pourrait le retenir contre toi.
Puis, tu risques de passer comme rien à un statut d’image. Alors là…
Plein d’objets l’ont compris. Depuis un petit bout de temps
Ils ne s’exhibent plus si facilement, depuis un
Petit bout de temps, la créature se promène habillée
De pied en cap. Et même sous un sac, si elle a trop de craintes.


Ce sont les philosophes qui en sont désolés.
N’avaient qu’à pas avoir les doigts si lestes, ces philosophes.
La pensée n’a pas à être tactile, elle doit se contenter de ne rien faire.
Belle philosophie, celle-ci, mais tant pis.
Maintenant que vous êtes cramés, allez la trouver
Où vous voulez, votre appétissante coquille ouverte ;
Il vous faut désormais la violence d’un couteau à huîtres.
Encore heureux que de ces couteaux-là, on en vend partout.
Et l’on parle d’un progrès.


18 Octobre 2010

Lexikone n°7 – de JJ.Schlegel

Qu’est ce que le Lexikone ? Une forme réunissant une image et un texte, comme une petite œuvre.

Heureux encore

Heureux encore d’avoir un côté rue et un côté cour
Un côté matin ainsi qu’un côté soir –
Et que ce dernier prime
Désormais.

Heureux encore d’avoir trois étages et des escaliers
Qui, tous, montent et qui, tous, descendent
Et montent pourtant davantage
Qu’ils ne descendent.

Heureux encore que la chambre, au troisième, soit côté soir :
Si j’en laisse la fenêtre ouverte, ce n’est pas
Pour que tu puisses t’envoler, mais
Pour que tu puisses y revenir.

28 juin 2022

Blog de JJ.Schlegel : https://ruetorte.blogspot.com/

Signal : Exposition Bruno Mathon en novembre au Japon

Des informations précises seront données dès que possible…

Numéro précédent

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