N°18 – Le Personnalisme

LE PAVILLON TURQUOISE

Jean-François Millet – L’Angélus

Podcast n°8 – Bruno nous parle de l’éducation, du personnalisme.

Cet échange avec Bruno est l’occasion d’une part de méditer sur la richesse du dialogue entre les traditions de pensée multiples et souvent contradictoires qui constituent les fondements de notre culture et, d’autre part, il m’incite aujourd’hui à parler de cette expérience personnaliste familiale à laquelle il fait référence. Il s’agit de la naissance après-guerre du Tourisme Social que j’ai pu vivre, en tant qu’enfant, dans sa genèse qui voit la fusion directe de l’élan utopique avec les contraintes du réel, dans cette évidence, cette détermination et cet enthousiasme que vit tout créateur, lorsqu’il voit l’impossible se manifester devant ses yeux et les obstacles infranchissables céder comme par enchantement. Le besoin de témoigner de cette expérience m’a poussé à écrire un livre, Le Fossoyeur, et à publier sous forme d’une vidéo, le témoignage de mon père enregistré juste quelques mois avant son décès en 2006. Le sentiment de devoir faire inscrire cette expérience personnaliste communautaire dans le patrimoine culturel de la France, au même même titre que nombre d’expériences réformatrices qui ont su ouvrir de nouveaux chemins dans notre vie commune, a poussé ma fratrie et moi-même à déposer aux Archives Départementales de Haute-Savoie, la totalité des archives de cette aventures singulières des Foyers Communautaires de vacances de Sevrier, afin qu’un travail universitaire puisse être réalisé lorsque le temps et l’opportunité se présenteront. En attendant, je remercie le Pavillon Turquoise d’accueillir cette présentation, étant certain que Bruno y aurait pleinement souscrit.

E.Rey

Les Foyers Communautaires de Vacances de Sevrier

Podcast n°9 – Emmanuel nous parle de son livre.

Une interview de Patricia Lown

Extrait du Fossoyeur – Le moi / le nous

« L’apport particulier qui est le mien à ce sujet me semble être d’abord le témoignage vécu de cette expérience comme je viens de le faire à travers ces lignes, mais aussi celui de la conduite d’une réflexion quant à la façon dont je me suis construit à l’intérieur de ce creuset personnaliste. J’ai identifié très tard, grâce en particulier à des conversations avec un grand ami peintre qui me connaissait bien, Bruno Mathon, une disposition particulière dans la structure du « moi » provenant directement de cette expérience. J’en ai donné quelques aperçus tout au long de ce récit mais je vais essayer d’apporter quelques précisions.

Dans ce creuset personnaliste communautaire, le « moi » et le « nous » ne se construisent pas d’une façon séparée ou antagoniste. Ils sont reliés dès le départ par cette fraternité que l’on trouve dans toutes les sociabilités primitives, mais, et c’est une spécificité intéressante, avec une dimension d’universalisme inconnue de la fraternité exclusive du clan ou de la tribu. L’avantage qui en découle est que le « moi » ne se situe jamais en compétition ou en une quelconque rivalité avec les autres « moi » pour avoir le sentiment d’exister. La conscience de son unicité est établie dès le départ, tout comme celle de sa place singulière à l’intérieur d’un « nous » qui le dépasse et que nul ne saurait incarner à lui tout seul. La tentation d’une identité de groupe est battue en brèche, car la conscience acquise dès l’origine d’un « moi » se construisant en lien fraternel avec le « nous », empêche tout désir d’identification à ce « nous ». Et pour les simples raisons qu’il faut être au moins deux pour sentir et vivre la fraternité, et que ce « nous » étant universel n’a donc pas besoin d’entrer en compétition ni en rivalité avec d’autres « nous ». A contrario, le « moi » individualiste que tend à induire la société de production et de consommation est isolé. Il se construit en rivalité et en compétition permanente avec les autres « moi ». Le « nous » est perçu comme la menace existentielle d’une armée de « moi » réunis, ou alors comme le « nous » d’un collectif auquel je vais me relier et m’identifier pour trouver une protection indispensable, mais qui, lui aussi, va se trouver aussitôt en compétition avec d’autres « nous » rivaux. Quel sentiment de fraternité peut-il donc se forger dans un tel creuset ?

L’avantage d’une telle disposition d’esprit – qui n’est sans doute d’ailleurs pas unique à ce creuset personnaliste – est la grande ouverture qu’elle donne vis à vis des autres êtres humains, perçus comme faisant partie de la grande famille humaine, et donc intéressants a priori à rencontrer et à connaître. Elle immunise d’emblée contre toute tentation de racisme ou d’élitisme dans le mesure où il n’est pas utile ni courant de les exercer à l’intérieur de sa propre famille. Mais avant d’en comprendre les avantages, j’ai bien longtemps pâti des inconvénients d’une telle disposition. Car cette façon d’être, dans un monde qui fonctionne à partir de règles différentes, peut conduire parfois à des difficultés d’adaptation insurmontables lorsqu’on ne comprend pas ce qu’il se passe. J’ai bien fini par admettre, par exemple, qu’il n’était pas forcément bien vu de s’adresser à une fonction en parlant fraternellement à la personne qui l’incarne. Cela peut-être très mal interprété et même perçu comme une tentative de déstabilisation. Mais comment agir autrement ? Et comment travailler dans un univers hiérarchisé avec des chefs, sous-chefs et archi-sous-chefs qui s’identifient à leur rôle pour avoir un sentiment personnel d’exister ? C’est impossible car ne pas jouer le jeu de la soumission – même si ce n’est qu’un théâtre – est aussitôt perçu comme une rébellion, une menace existentielle contre l’ordre établi… évidemment injustifiée à mes yeux car je me moque éperdument de vouloir prendre la place de qui que ce soit, ne craignant pas un seul instant de perdre la mienne. Et d’autre part il ne me pose aucun problème d’obéir à une autorité compétente dès lors qu’elle ne cherche pas à instaurer un système de rivalité et de domination interpersonnelle. Bref, la seule solution qui me reste pour essayer de me faire une place sera celle d’approfondir encore et encore l’être personnel que je suis… Tel est bien le pari du personnalisme, et effectivement, il ouvre des perspectives inédites, tant pour la vie individuelle que pour la vie collective, de la même manière qu’il résout nombre de problèmes que l’individualisme ou le collectivisme (son pendant naturel) tendent à induire. »

cliquer sur l’image pour lire un extrait

Pour le public New-Yorkais, il est possible d’acheter le livre à La Villa Albertine.

Entretien avec Bruno n°2 – La liberté

Numéro précédent

Le contenu de ce blog est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.