N°19 – Le son au cinéma

LE PAVILLON TURQUOISE

Chères lectrices, chers lecteurs,

Pour ce numéro 19 du Pavillon Turquoise dédié au son au cinéma, j’ai eu le plaisir d’interviewer l’auteur, réalisateur et compositeur de musique concrète Michel Chion, autour de thèmes développés dans son ouvrage : l’Audio-Vision, son et image au cinéma. 

Il nous a aimablement autorisés à publier deux de ses courts-métrages : Eponine et Intermezzo Anatoribico, que vous pouvez visionner dans ce numéro.

Nous accueillons aussi Eric Mauerqui revient dans ce numéro pour nous parler de la fabrication des sons dans le cinéma avant et après l’arrivée du numérique. 

D’autre part, le réalisateur australien Robert Hoskin, nous présente son court-métrage Chance for Love, réalisé en 1997 avec une équipe entière composée de sourds. 

Pour conclure, l’écrivain et poète Didier Ayres nous propose un Lexikone sur une image de la peintre et écrivaine Yasmina Mahdi.

Bon visionnage !

Léon Gomez

Paroles d’artiste : Michel Chion

L’année dernière j’ai eu le plaisir de faire la rencontre de Michel Chion, auteur, réalisateur et compositeur de musique concrète. J’ai été très enthousiasmé car je connaissais un peu son œuvre depuis mes années d’études à la faculté de cinéma. Nous avons parlé toute une après-midi, ce qui m’a donné suffisamment de matière pour diviser l’interview en différentes parties. Dans cette première partie, Michel Chion parle des propriétés du son dans le cinéma, de sa mise en scène et d’un terme créé par lui-même : la Synchrèse.

Eponine, Michel Chion (1984)

Éponine, le court-métrage de Michel Chion est précédé d’une présentation de son auteur dans laquelle il nous raconte la méthode qu’il a utilisée pour enregistrer le son de son film.

Intermezzo Anatoribico, Michel Chion (2016)

Dans ce film, Michel Chion expérimente avec les capacités et le potentiel de la synchrèse, un concept créé par lui-même et développé dans son livre l’Audio-Vision, son et image au cinéma.

Paroles d’artiste : Eric Mauer

Lors de notre séjour à Bordeaux dans l’ancien studio d’Eric Mauer, nous l’avons interviewé à propos de la fabrication de sons dans le cinéma. Eric nous répond avec des exemples de sons qu’il a fabriqués lui-même.

Chance for Love, Robert Hoskin (1997)

Dans cette comédie, un couple de sourds : Masahiro et Rika, sont dans une situation tendue, ils se disputent pour tout et pour rien et ils sont sur le point de se quitter… pourront-ils retrouver l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre ?

J’ai eu le plaisir d’échanger par courrier électronique avec Robert Hoskin il y a quelques années lorsque j’ai commencé mes recherches sur le son au cinéma. Robert est un réalisateur sourd avec une impressionnante production cinématographique que vous pouvez trouver sur sa chaîne Youtube.  Ses films sont pour la plupart des comédies tournées au Japon et en Australie avec des comédiens et des comédiens sourds. Il a aussi une autre passion : la restauration de vieilles bobines en nitrate de cellulose. Avec Robert j’ai appris que le cinéma n’est pas seulement un langage universel de sons mais aussi de silence.

Photos de tournage du film Chance for Love, réalisé par Robert Hoskin 1997

Lexikone n°12

Yasmina Mahdi, Série Vampire (n°4), 65 x 50 cm – acrylique

Deux jeunes filles prise dans le halo de neige de la peinture

Qui parlent le langage de l’ivresse

Et peut-être celui émerveillé des Ghosts

Éveillées dans des coupelles rouges et du sang

Pareilles à Delphine Seyrig

Là où elle ne dort que la journée dans une station balnéaire hors-saison d’une Belgique triste et inquiétante

Tout cela dans une étoile blanche qui ressemble à l’emballage d’un parfum Mugler

Où dansent encore les Vampires de Jarmusch

Des histoires de sang

Sans bijoux juste vêtues de tâches violettes

Donc des femmes dénudées par leur intrigue

Buvant plusieurs espèces de cruor – drogues approximatives

On ressent leur invention de hautes personnes cruelles

Prises par l’inquiétude heideggérienne de l’angoisse qui revient ici à la peur de la durée

Filles sous méthadone pourpre

Étoile à 5 ou 6 branches on ne sait décider

En tout cas médaille de la mort

Ou alors une rose des sables blanche et rouge

Tombée dans l’empreinte profonde du papier

Là où il y eut peut-être de l’amour après tout dans cette perdition de l’une et de l’autre ou de l’une par l’autre

Le témoin de ces jacinthes où se trouvent des jeunes prédatrices aux figures perdues

Espace lactescent

Espace nourricier si l’on peut dire

Ouvert aux distinctions sociales de l’actrice des Lèvres Rouges

Des plantes carnivores

D’orchidées maladives

Nous savons que la mort est une scène de cinéma

Dès lors la jeune fille porte-t-elle une épingle de corail sur le front

Aime-t-elle cette autre adolescente ?

Avec la force exquise d’une légère inconnue :

Qui sont-elles ?

Didier AYRES

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